Texte de Jeanne Robin sur sa page Facebook :
[Québec solidaire, stratégie de la terre brûlée et vivre ensemble]
Ne faites pas le saut: le Québec vient d’élire un gouvernement réactionnaire, misogyne, xénophobe, climatosceptique et j’en passe. Du moins, c’est ce dont Québec solidaire, et particulièrement ses proxys, ont tenté de nous convaincre durant toute la campagne électorale.
Une stratégie qui m’apparaît catastrophique pour le vivre ensemble, mais un bon coup pour assurer sa survie politique en conservant quelques sièges. On pourrait appeler ça la stratégie de la terre brûlée.
L’intensité et la mauvaise foi des attaques dont le Parti Québécois a fait l’objet durant cette campagne électorale me sidère si je compare à ma propre campagne de 2022. Accusations de racisme, de masculinisme, de misogynie; à en croire les réseaux sociaux et les graffitis sur les pancartes, c’est le pire de l’extrême droite qui menaçait de prendre le pouvoir au Québec. En particulier dans les circonscriptions jusque-là détenues par QS.
Tout n’est pas parti de QS: bon nombre d’influenceurs se sont chargés de souffler sur les braises de la suspicion, voire d’inventer des polémiques de toute pièce. Mais les porte-paroles de QS ont consacré beaucoup d’énergie à critiquer le Parti Québécois pour ses supposées intentions et motivations.
La prétendue “campagne positive” de QS, c’est Sol Zanetti qui fait une vidéo remplie de faussetés contre le Parti Québécois. Sa publication de la campagne la plus populaire, avec 3500 réactions et plus de 1000 partages (la même contre le PLQ, voix des fédéralistes et du monde des affaires: à peine 286 réactions et 39 partages).
Mais ce qui me choque et m’attriste le plus, c’est de penser à ceux et celles que cette campagne agressive aura convaincus que leur gouvernement leur veut du mal.
Je ne crois pas qu’on travaille pour le vivre ensemble quand on instille la méfiance et la peur. Je ne crois pas qu’on favorise une immigration et une intégration réussies, quand on accuse la population québécoise de voter en majorité pour des partis xénophobes. S’ériger en rempart de la vertu, quand on représente 12% du vote, c’est dangereux – parce que ça veut dire que 88% de la population est du côté obscur de la force. Il y aurait de quoi désespérer si c’était le cas.
Mais peut-être que ce n’est pas le Québec que Québec solidaire voulait sauver de la menace péquiste. Peut-être que c’est seulement 9 sièges de députés. Si c’est ça, c’est réussi. C’est juste dommage, au passage, d’avoir accentué la polarisation et porté autant de coups néfastes au vivre ensemble.
Je suis malgré tout confiante: la société québécoise est faite forte, aussi ouverte que résiliente. Je ne doute pas que le gouvernement du Parti Québécois saura rebâtir la confiance mise à mal par certaines accusations. Mais ça va demander des efforts qu’on aurait pu consacrer à avancer ensemble – pour faire un pays, réaliser la transition climatique, partager notre culture.
Retroussons nos manches. Il paraît que même sur une terre brûlée, on peut faire pousser des bleuets. À condition, toutefois, de ne pas remettre le feu aux jeunes pousses. 💙🤍
📷 La Presse Canadienne / Adrian Wyld